Soulographie

Le philosophe Laurent de Sutter (dandy ès-booze) et Sara Selma Dolorès (shaken not stirred) s’adonnent aux joies de la mixologie pour dire leur amour du cocktail. Parce que depuis la nuit des temps, l’humanité mélange des boissons alcoolisées pour les rendre davantage buvables. 

 

Remède permettant aux marins d’avaler leur ration quotidienne de citron afin de lutter contre le scorbut ? Tentative de rendre plus intéressants les breuvages que les pouvoirs coloniaux s’administraient pour éviter les effets des moustiques ? Simple moyen d’éviter de regarder en face sa vie misérable, entre champs, industrie et servage ? Quoi qu’il en soit, le cocktail est au départ, un mode de survie – un mode d’accroître la résistance aux forces hostiles. Que cette résistance pût devenir politique est ce qui a aussitôt inquiété les autorités de toutes sortes, qui n’ont eu de cesse de réglementer la consommation d’alcool, tout en prélevant leur dîme sur leur vente. Car l’alcool, avant tout ingéré par les masses laborieuses, rend imprévisible. 

 

 

Koko Slam Gang

Les slameuses Joelle Sambi et Lisette Lombé et les « Kokos » tissent des liens entre deux générations pour un spectacle-témoin.

Sur scène, les récits s’entrechoquent, se rejoignent et les souvenirs sont vivaces : des grains de sable virevoltants au rythme d’une fanfare à Matadi un certain jeudi 30 Juin 1960, au silence tenace malgré le bruit de la télé dans la solitude d’un appartement bruxellois. Et entre les deux, la nécessité de ces paroles qui ne couvrent que trop rarement le bruit des racines qui se perdent et des liens qui s’étiolent.

Avec la création du spectacle KOKO SLAM GANG, c’est aussi l’élégance de la danse, des chants et du vêtement qui se fête. C’est la poésie qui s’invite et s’impose dans le concert du « vivre ensemble ». Ce sont des mots à écouter, ceux-là même qui martèlent. C’est jeter un pont entre deux berges pour que chacun.e l’emprunte, enthousiaste, à la rencontre de l’autre. Aucune traversée ne se fera sans la danse et la musique, aucune traversée ne se fera sans la parole de celles qui se tiennent d’un côté de la rive et s’entende dans toute sa vérité, sa dureté et ses joies.

Les Oiseaux Rares

Sous les branches d’un arbre, entre le jour et la nuit, un anniversaire se prépare… On entend le son des cuivres, des percussions et des chants qui se mêlent aux récits. Ecrit à partir d’ateliers menés avec des adolescent.e.s, Les Oiseaux Rares* est un kaléidoscope d’histoires sur les plis du temps, les frontières et les identités. A la lisière entre réel et fiction, le public est invité à une fête jubilatoire.

La Pavane

Trois figures costumées, comme tout droit sorties du placard, rejouent à l’ombre d’un jardin les jeux furieux du regard occidental, au rythme lent d’une pavane.

Le soleil éclaire ce bout de jardin comme il avait éclairé un autre jardin, le jardin renaissant, en Italie au XVème siècle. Dans ce jardin, nous avons appris à regarder et à désirer le monde. Nous avons inventé les artistes. Et nous avons inventé les conquistadors.  Nous avons inventé les artistes pour qu’ils nous dessinent le monde et les conquistadors pour qu’ils nous le possèdent. Rien de nouveau sous le soleil : nous nous sommes habitués à ce nouveau regard et à ce Nouveau Monde, devenus les nôtres. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi.

Petit spectacle en jardin, La Pavane est une révérence irrévérencieuse faite au jour de notre naissance, celui qu’on a appelé plus tard Renaissance, afin de le peindre sans doute aux couleurs de la fatalité. 

 

 

Home

“Home” est le terme qui désigne une maison de retraite en Belgique.

“Home” est un anglicisme qui signifie foyer, chez-soi.

Trois résident·e·s attendent.
Une table, trois chaises, une horloge, un fauteuil, une radio.
C’est une salle commune. Un espace pour être ensemble, un espace où l’on est seul.
Il ne se passe rien.
On attend le·la médecin, un appel, ou une visite.

Comment faire entrer 90 ans d’existence dans une chambre de 15 m2 ? Et que voit-on du monde depuis ces endroits-là ? Maison de retraite, hospice, Ehpad en France, home en Belgique : la diversité d’expressions pour nommer les lieux où l’on « place » nos aîné·e·s cache mal leur décor désespérément uniforme et aseptisé.

Dans HOME de Magrit Coulon, trois jeunes comédien·ne·s prêtent leurs corps aux voix des anciens. D’un tableau à l’autre, véridique ou vraisemblable, la rythmique d’un quotidien en huis-clos, la mécanique des mouvements et des latences, des souvenirs et des espérances, transforment la maison de retraite en un espace de vies et de fantasmes.

EXTREME/MALECANE

Un ring blanc, sans pitié, qui se teinte de couleurs pastel.

D’un côté, quatre jeunes qui comme les autres, écoutent du rap, dansent ensemble, font du sport, regardent Netflix, tombent amoureux. De l’autre, la peur, la haine, la précarité, la recherche de sens et le besoin d’appartenir à une communauté. Des sentiments récupérés par les partis d’extrême-droite et qui influencent le regard des quatre jeunes sur le monde.

Deux comédiennes et deux comédiens emmènent le public dans un voyage troublant à travers la Belgique, l’Italie, la Grèce et la France. À partir de fragments de paroles et de corps, ils composent une fresque entre théâtre et performance pour faire ressentir les moteurs de la propagation d’un discours de plus en plus séduisant et alarmant.

Finis ton assiette !

Des convives, de la soupe, des bruits de mastication. La joie de manger avec les doigts, un chef cuisinier simiesque, des larmes de pelures d’oignon, une femme à la voix velouté. Et du suffrage universel, des sculptures de mie de pain aussi, des casques audio surtout mais pas que…

A l’heure où l’alimentation occupe la scène médiatique avec les « Top Chef » et autres « Dîners presque parfaits », à l’heure où les nourritures sont des enjeux politiques, sanitaires ou religieux, Sara Selma Dolores invite le public à un banquet à mi-chemin entre le symposium, le voyage extra-temporel et la pop’musique. Avec ses convives, la compagnie Thank You For Coming se demande : pourquoi le peuple réclame-t-il toujours du pain et pas de la brioche ? Pourquoi qualifions-nous la chanson populaire de -soupe-? Qui porte le toast de qui ? Qui a croqué dans la fucking madeleine de Marcel ?

Piletta Remix

PILETTA REMIX est une fiction radiophonique live. C’est un conte initiatique qui voit son héroïne braver tous les dangers d’un monde qui lui est inconnu, le monde des adultes, pour sauver sa grand-mère malade.

C’est une histoire à écouter et à voir, pour découvrir les coulisses d’une création radiophonique ; une fable noire et pourtant drôle qui se joue des peurs d’enfants et du monde des grands.
C’est une performance d’acteurs, bruiteurs, électro-musiciens, mixeurs qui donnent vie à 13 personnages sous les aléas du direct.

C’est l’histoire d’une quête, d’un amour, de feux d’artifices, d’un homme fil-de-fer, de mensonges, d’un hidalgo, d’une fête, d’une dame de Plomb, d’un rêve… ou d’un cauchemar.
C’est du théâtre pour les oreilles ou de la radio pour les yeux.
Ou les deux.

Beaux Jeunes Monstres (Live)

A l’avant-scène, une silhouette de bois. Un acteur chuchote dans son dos. Le spectateur, casque sur les oreilles, se retourne…

Prix de la meilleure fiction radiophonique des Prix Europa, Beaux Jeunes Monstres est le nouvel opus live du Collectif Wow! ​​​​Après Piletta ReMix, l’équipe élargit le format pour nous raconter l’histoire de William, un jeune ado atteint d’une infirmité motrice cérébrale. Bousculant les clichés, ce récit épique souffle un vent de joyeuse révolte et permet au Collectif de poursuivre ses recherches sur le dialogue entre la radio et la scène. Une tête binaurale et un chœur polymorphe se jouent de l’espace, du son, du théâtre, de la musique et de la chorégraphie pour créer un contrepoint tourbillonnant à la voix intérieure du héros.
Cette forme immersive, hybride et pluridisciplinaire aux accents électro-pop se place à la croisée de l’oratorio, de l’épopée et du concert.

 

Dernière récolte

Une ferme dans le Hainaut. Un père wallon, une mère flamande. Dans la baraque, ça gueulait sévère dans une langue, puis dans l’autre. C’est là, dans cette ambiance entre culture de céréales et élevage de bétail, que deux frères ont grandi. Les années passent. L’un est parti. L’autre est resté. Un matin, le père tombe, et dans sa chute, c’est l’équilibre de la ferme qui vacille. On découvre alors, qu’au milieu des champs, existe un désert où se perdent les pères et les fils.

Dernière récolte est un désir brûlant de fiction. L’auteur-metteur en scène montois, Axel Cornil, signe ici une création intime, en creux, qui emprunte juste ce dont il a besoin au documentaire, au cinéma et à la musique, pour raconter. Il y a la cour de la ferme où on joue aux fléchettes, la cuisine sommaire où le café coule à flots, l’appel incessant des bêtes derrière le hangar. Et il y a les histoires de cowboys, celles qu’on s’imagine pour échapper aux factures impayées et au labeur sans fin. Au rythme des saisons, se déplient les paysages et l’histoire d’une famille qui se débat entre ses non-dits, ses hontes et son besoin de tendresse.

Avec son équipe d’interprètes-musiciens, Axel Cornil nous livre un western social, un drame familial sur fond de blues made in Belgium avec son lot d’humour potache et ses souvenirs de campagnes aux relents de houblon et de sauce andalouse.