Fragile(s)

Ils seront deux sur scĂšne. Deux marionnettistes, Michel et NoĂ©mie, accueillent le public dans un atelier de marionnettes pour un workshop. Mais trĂšs vite, la rĂ©alitĂ© bascule : les marionnettes — de toutes formes, tailles et techniques — prennent vie. Et l’atelier glisse vers la fiction oĂč s’inventent de nouvelles relations, traversĂ©es par les regards que l’on pose sur l’autre : regards qui nous dĂ©finissent, qui nous construisent, qui nous rendent vivant·es. Fragile(s) part d’un dĂ©sir : rechercher, par la marionnette contemporaine, ce qui nous relie, ce qui prend soin de nous, dans un monde oĂč les fragilitĂ©s individuelles et collectives sont omniprĂ©sentes et si mal considĂ©rĂ©es.

Sur scĂšne, une marionnette taille rĂ©elle prendra soin d’une marionnette Ă  fil, qui prendra soin d’une marionnette Ă  tige, qui elle-mĂȘme portera attention Ă  une marionnette-chaussette
 Ce rĂ©seau d’interdĂ©pendance devient le moteur de la narration, dans une forme sensible, poĂ©tique et parfois burlesque. À travers ce voyage-marionnette, nous voulons interroger la maniĂšre dont nos prĂ©sences — humaines et non-humaines — se transforment lorsqu’elles sont regardĂ©es avec attention.  Ce projet sera une tentative joyeuse et attentive de cĂ©lĂ©brer nos vulnĂ©rabilitĂ©s, nos alliances improbables, notre besoin d’ĂȘtre porté·es et de porter.

DragĂłn

Un parking de supermarchĂ© oĂč l’on zone. Un beffroi qui sonne par habitude. Une chapelle oubliĂ©e, un nĂ©on “open” d’un night-shop fermĂ©. Deux silhouettes traĂźnent, mobylette en panne.

DragĂłn – prononcez dragonne –, est une Ă©popĂ©e de trottoirs et de places communales. George, fille de chevalier, et Lorenzo, son ami-Ă©cuyer, avancent sans hĂąte. Jogging, armure de fortune, Peugeot 103 : tout tangue joyeusement. Il est question de courage Ă  retrouver, de dragons Ă  nommer (ou pas), de piĂšces dĂ©tachĂ©es et d’errances collectives.

Le public, casquĂ©, les suit dans une dĂ©ambulation absurde, tendre et un peu bancale – comme une visite guidĂ©e d’un monde parallĂšle. La ville devient un terrain de jeu. L’hĂ©roĂŻsme prend l’eau, mais jamais l’élan.

L’écriture, signĂ©e de l’auteur montois Axel Cornil, se rĂ©invente avec le territoire : elle se transforme, joue du folklore, trafique de l’épique. Une aventure qui interroge les assignations sociales et les lieux qui prĂ©tendent nous dĂ©finir.

Inspiré par Don Quichotte, la logorrhée de Deleuze et le cinéma de Bruno Dumont, Dragón dégonfle les grands récits pour mieux faire place à une épopée douce, poétique et partagée.

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Sur scĂšne, quatre interprĂštes et un musicien crĂ©ent un rituel vibrant, entre les ruelles de Sousse, la mĂ©dina de Tunis, la corniche de Beyrouth, les cafĂ©s et les oliveraies de Ramallah. LĂ  oĂč tout a Ă©tĂ© Ă©parpillĂ©, une recomposition surgit. AprĂšs des annĂ©es d’exil, quelle trace demeure de nous ?

Dans un monde marquĂ© par la violence, oĂč des peuples subissent la destruction de leurs identitĂ©s et terres, la lutte pour se reconstruire devient urgente. 

Ce spectacle cĂ©lĂšbre les ombres magiques de l’enfance, ces empreintes de mĂ©moire et d’identitĂ© que les corps et la musique ravivent dans une danse Ă©trange et joyeuse. Gestes simples, liens puissants, tentatives d’échappĂ©e : le temps se dĂ©rĂšgle lorsqu’on cherche Ă  retrouver les fragments du passĂ©, tandis que le monde continue, ailleurs. Et soudain : une odeur de cafĂ©, un chant s’élĂšve, une terrasse imaginaire se dessine. L’instant suspend le tumulte. Puis les claquements de main : la danse reprend
 Ahmed Ayed explore la mĂ©moire des lieux et la façon dont ils nous habitent, par le spiritisme, le mouvement et la musique.

Chauv·e

Chauv·e est un stand-up drag tendre et irrĂ©vĂ©rencieux. Sur scĂšne, Blanket La Goulue dĂ©monte le patriarcat en chansons dĂ©tournĂ©es, convoquant France Gall ou Helmut Fritze  pour faire rĂ©sonner son histoire : celle d’un corps hors cadre, d’une voix en transformation, et d’un ĂȘtre qui cherche Ă  s’inventer loin des normes. Entre confidences, humour et rĂ©cits personnels, Blanket transforme ses failles en manifeste sensible, sa calvitie en ornement, et le cabaret en espace de lutte partagĂ©e. C’est politique sans dogme, queer dans ses contradictions, rĂ©parateur, et un brin utopique.

On y traverse l’écriture inclusive, la non-binaritĂ© et les peines de cƓur, dans un monde qui vacille, s’éveille, et se cherche. Chauv·e s’adresse Ă  celles, ceux, celleux qui doutent, qui questionnent, ou qui pensaient avoir tout compris. Un spectacle lucide et audacieux, qui rassemble lĂ  oĂč tout semble diviser.

La BrĂšche

À la mort de sa grand-mĂšre, une petite fille-marionnette dĂ©cide qu’elle, on ne la mettra pas dans une boĂźte Ă  la fin du spectacle. Elle refuse le gĂ©nĂ©rique du film qui dĂ©file, la sonnette de la rĂ©crĂ©ation qui retentit, les dimanches soirs ou les vacances d’Ă©tĂ© qui s’achĂšvent.

Le temps passe. Devenue biologiste, fascinée par la méduse immortelle Turritopsis nutricula, elle plonge dans ses recherches pour échapper à son propre destin.

La BrĂšche est le rĂ©cit d’une marionnette qui rejette le chemin tout tracĂ© qui lui est imposĂ©, réécrit son existence et ouvre finalement le champ des possibles en acceptant sa nature de marionnette. Entre humour tendre et poĂ©sie visuelle, elle transforme le spectacle en aventure collective, en pas de danse, en moment d’intimitĂ© partagĂ©, en chanson. Une Ă©popĂ©e minuscule et universelle, oĂč chaque mouvement, chaque souffle, fait rĂ©sonner la question du temps qui passe et de ce que nous en faisons.

AprĂšs le succĂšs retentissant de Pouvoir, Une Tribu revient avec une crĂ©ation vibrante, oĂč virtuositĂ© et Ă©motion tissent une expĂ©rience inoubliable.

RIRE (pour en finir avec soi-mĂȘme)

CoincĂ©e dans une Ă©norme robe verte, affublĂ©e de plumes et de paillettes, une crĂ©ature mi-clowne mi-bouffonne nous invite, le temps d’une soirĂ©e, Ă  nous libĂ©rer de la puissance destructrice de l’esprit de sĂ©rieux.

Avec la transgression comme palliatif aux morales de tous bords, cette maitresse de cĂ©rĂ©monie haute en couleur nous entraine dans un mĂ©tacabaret au cƓur de ses questionnements et de ses contradictions : A quoi nous ramĂšne le rire ? A notre genre, notre classe sociale ? A notre premiĂšre transgression, notre cacaboudin de l’enfance ? A notre droit Ă  la parole, notre lĂ©gitimité ?

AccompagnĂ©e de trois performeur.se.s, Sara Selma DolorĂšs explore ici les prĂ©occupations de notre Ă©poque – la 3e vague du fĂ©minisme, la morale de gauche et de droite, le #onpeutplusrirederien. De rĂ©flexions intimes en philosophie de comptoir, elle s’insinue lĂ  oĂč ça grince, repoussant les frontiĂšres de nos normativitĂ©s, avec une autodĂ©rision contagieuse. Et si le monde, tel que nous le reprĂ©sentons si sĂ©rieusement, tenait davantage de la farce ?

Bastardia

Et si nos ancĂȘtres, rĂ©els ou imaginaires, habitaient encore les replis de notre peau ? BASTARDIA est un poĂšme visuel dĂšs 10 ans qui explore, avec espiĂšglerie et mystĂšre, ce qui relie nos corps aux origines du monde et du vivant.

Sur scĂšne, une jeune fille dĂ©couvre une malle remplie d’objets venus d’un autre temps. À mesure qu’elle les manipule, le rĂ©el bascule : les archives s’animent et le corps se mĂ©tamorphose. Commence alors un voyage Ă  l’intĂ©rieur d’elle-mĂȘme, des branches de son arbre gĂ©nĂ©alogique jusqu’aux poussiĂšres d’Ă©toiles.

Dans ce spectacle visuel et sonore, Anne Festraets mĂȘle théùtre d’objets et magie nouvelle pour donner corps Ă  la part d’imaginaire qui nous constitue — et cĂ©lĂ©brer, ensemble, notre bĂątardise universelle. Autour de la crĂ©ation, des rencontres et ateliers avec des enfants nourrissent le spectacle et se prolongent en tournĂ©e, au plus prĂšs des questionnements des jeunes spectateurices.

Britney Bitch

En janvier 2008, Britney Spears est internĂ©e sous l’Ɠil des tabloĂŻds, avant de passer treize annĂ©es sous la tutelle abusive de son pĂšre.De cette histoire Ă©mergera le mouvement #FreeBritney, devenu symbole de rĂ©sistance face Ă  l’oppression sexiste.

En rĂ©sonance Ă  cette lutte, Paola Pisciottano et Philippe Marien crĂ©ent Britney Bitch et interrogent notre rapport Ă  l’image, Ă  la fragilitĂ© dans une sociĂ©tĂ© obsĂ©dĂ©e par la performance.

Entre rĂ©cits intimes, chorĂ©graphies et musique live, la question n’est pas Britney Spears mais bien ce que cette figure nous tend comme miroir. Dans un monde oĂč les identitĂ©s numĂ©riques sont une extension de nos vies, oĂč ce qui se passe loin du regard des autres ne semble plus avoir d’existence vĂ©ridique, Britney Bitch ouvre une brĂšche dans les normes sociales et artistiques qui nous enferment.

La Cerisaie d’aprĂšs nous

Au cƓur d’une maison de soin psychiatrique Ă  Bruxelles, une troupe de rĂ©sident·e·s se retrouve pour des ateliers de théùtre. Les rendez-vous s’égrĂšnent comme les habitudes. Ici, les regards peuvent se perdre dans le bruissement des feuilles, on y fume, on y boit du cafĂ©, souvent trop. On entend des voix aussi qui nous empĂȘchent… Ici, l’oscillation d’un cil peut nous faire vaciller en un instant.

Au cƓur de la Cerisaie de Tchekhov, la maison de l’enfance et du paradis perdu tient encore debout. Lioubov et Gaev se refusent Ă  vendre leur propriĂ©tĂ© et rejettent l’ordre en marche qui Ă©crase leurs souvenirs et leurs espoirs. Ici, les larmes coulent, les rires Ă©clatent, on fume et on boit, souvent trop. Ici, les idĂ©es sombres s’échouent au son d’un orchestre mitĂ©.

De la maison de Tchekhov Ă  la maison de soin, il y a la scĂšne du théùtre oĂč vont habiter ces ĂȘtres errants, parfois en crise, qui se dĂ©battent avec vitalitĂ© pour survivre. La Cerisaie d’aprĂšs nous est une balade théùtrale et musicale, faite de corps et de gueules, oĂč une troupe amateure nous ouvre les portes d’un monde fait de ses propres normes, ses propres codes, son propre rythme.

Soulographie

Le philosophe Laurent de Sutter (dandy ès-booze) et Sara Selma Dolorès (shaken not stirred) s’adonnent aux joies de la mixologie pour dire leur amour du cocktail. Parce que depuis la nuit des temps, l’humanité mélange des boissons alcoolisées pour les rendre davantage buvables. 

RemĂšde permettant aux marins d’avaler leur ration quotidienne de citron afin de lutter contre le scorbut ? Tentative de rendre plus intéressants les breuvages que les pouvoirs coloniaux s’administraient pour éviter les effets des moustiques ? Simple moyen d’éviter de regarder en face sa vie misérable, entre champs, industrie et servage ? Quoi qu’il en soit, le cocktail est au départ, un mode de survie – un mode d’accroître la résistance aux forces hostiles. Que cette résistance pût devenir politique est ce qui a aussitôt inquiété les autorités de toutes sortes, qui n’ont eu de cesse de réglementer la consommation d’alcool, tout en prélevant leur dîme sur leur vente. Car l’alcool, avant tout ingéré par les masses laborieuses, rend imprévisible.Â