Dans une grange isolée, quelque part en zone rurale, une toile blanche attend. Une télévision grésille, passant en boucle des VHS de Richard Pryor. Sur un mur, une affiche de Scorsese. Une prise d’otage se joue : celle d’un homme face à lui-même, face à son corps.
Je me rappelle le témoignage de cet officier de police : « J’ai vu un homme noir courir dans la rue, complètement en feu, englouti par les flammes comme une torche. » Ce corps en feu, c’était celui de Richard Pryor, pionnier du stand-up comedy, qui, en manipulant du « freesbase », a renversé de l’alcool. Pour certains, un accident. Pour d’autres, une tentative désespérée.
Janvier 2024, je marche dans les rues de Bruxelles la tête envahie par l’image de cet homme en feu. Je le vois courir, et ce corps en feu devient le mien. J’imagine la douleur, l’odeur, la peur de me voir anéantir. Et cette pensée me traverse : « quand on brûle, plus on court, plus on s’enflamme. C’est l’accélération de l’anéantissement. »
Mon corps noir est politique, parce qu’il est. Exister sur scène, c’est déjà affirmer quelque chose. Mon art est perçu comme politique simplement parce que mon corps, dans une société dictée par une pensée blanche, trouve mon existence dans une justification. Et si mon art est perçu comme politique simplement parce que j’existe, est-ce que j’en décide encore ?
Captain of Comedy est un solo à la croisée du théâtre, de la performance et de la danse. Mon corps y est terrain d’exploration, matière changeante, surface à récit. Il ne subit pas l’histoire, il la déploie.
